jeudi 26 décembre 2013

Tu seras juriste ma fille

Ici, je suis blogueuse, mais dans la vraie vie je suis juriste... Et oui... Comment j'en suis arrivée là me direz-vous ? Qu'est-ce-qu'il s'est passé ? C'est simple, comme disait Coluche, "5 ans de droit, tout le reste de travers" !

Quand j'étais gamine, je voulais être vétérinaire. Mais quand mon père a commencé à m'évoquer les détails glamours de ce métier... j'ai vite déchanté ! Et puis, j'ai quelques allergies légèrement incompatibles avec ce métier... et surtout j'ai toujours été une quiche intersidérale dans les matières scientifiques... On classe le dossier ! 

Et un beau jour, j'ai eu une révélation : je serai avocate en droit pénal ! Ouais, genre défenseur des opprimés, de la veuve et de l'orphelin, toussa toussa... Et puis j'ai compris que je n'avais pas les épaules pour défendre des délinquants, ça n'est pas donné à tout le monde d'être pénaliste ! Et une fois à la fac, je suis tombée amoureuse du droit des affaires... et bam ! J'ai fini juriste en droit des affaires. 

Enfin, j'ai un peu procédé par élimination :
  • Le droit pénal c'était trop glauque pour moi : c'est que je suis une petite chose sensible !
  • Le droit de la famille c'était trop déprimant : voir les gens se battre pour la maison, les gosses et le chien... merci mais non merci...
  • Le droit du travail c'était humainement trop dur pour moi : les plans sociaux et compagnie m'auraient conduite sous Prozac à vie...
  • Le droit fiscal pur c'était trop prise de tête : ça change tout le temps, ça me donne le tournis... c'est que je suis migraineuse moi ! 
Bon je caricature un peu, mais l'idée est là... Mais avant de choisir un domaine, encore faut-il choisir de s'inscrire en fac de droit !

Alors, je suis entrée en fac de droit, et j'avais à peine mis un orteil là-bas que les emmerdes ennuis ont commencé ! Bon déjà, dès le premier jour, tu sais que tu vas en chier ! Quand les profs t'annoncent : "regardez votre voisin de gauche, regardez votre voisin de droite, un seul sur les trois passera en deuxième année"... Ça donne le ton ! Sans compter, le responsable pédagogique, surement comique dans une autre vie, qui nous a sorti : "si c'est ambiance 'la croisière s'amuse' toute l'année, ça risque de se finir comme le Titanic". En gros, il va falloir bosser les enfants !! Dès le départ, t'es dans l'ambiance ! Bon, tu commences un peu à te demander ce que tu fous là... Nan, mais j'étais vraiment volontaire, vous êtes sûrs ??

Bon, comme partout, t'as des profs hypers gentils, et d'autres beaucoup moins... Certains te maternent un peu, d'autres te laissent dans la mouise... Il y a aussi ceux qui ont un égo surdimensionné, parce qu'il écrivent dans telle ou telle revue, c'est à se demander comment il arrivent encore à passer les portes ! M'enfin, on dira que ça se compense, et dans l'ensemble ça s’équilibre.  Bon l'un de mes profs a quand même dû arrêter ses cours pour cause de dépression... Si les profs pètent un câble, faut pas s'étonner que les étudiants en fassent autant ^^

Puis, viennent les chargés de TD ! J'ai remarqué que plus les années avançaient plus ils étaient sympas ! Au début de tes études, ils te méprisent, et à la fin, c'est quasiment tes potes ! Pêle-mêle, j'ai eu :
  • le chargé de TD sadique, en mode j'en-ai-chié-vous-allez-en-chier... le genre de chargé de TD qui vous traumatise une génération d’étudiants ! 
  • le chargé de TD timide maladif... genre le mec est plus mal-à-l'aise que toi... il baisse les yeux et rougit quand il parle à une fille... quand tu sors une énorme connerie, il n'ose pas te dire que ça en est une, il te dit juste "oui mais non pas tout à fait..."
  • le général en jupon... la chargée de TD qui a de la bouteille et qui a mâté des générations d'étudiants... avec elle, ça file droit, on n'est pas là pour enfiler les perles !
  •  le chargé de TD cool relax... avec lui, on se prend pas la tête... t'as pas préparé ton TD, c'est pas grave...

Voilà pour l'essentiel. J'ai traversé les années, et j'ai survécu ! Bien sûr, tous les ans, en début d'année, je me demandais ce que je foutais là... Faut être un tantinet masochiste pour se lancer dans un truc pareil ! Tous les ans, on te met la pression...  Mais au final, il ne faut pas en tenir compte, et se contenter de tracer sa route. J'ai passé les cinq années... et j'en envie de dire que si vous le voulez, vous pourrez le faire aussi !

J'ai choisi de m'arrêter là, pas d'école d'avocats, pas d'école de notaire... J'ai renoncé très vite à la robe, me voyant plus travailler en entreprise. La robe fait rêver pas mal de monde, mais devenir avocat n'est pas un rêve c'est une véritable vocation... Il faut prendre conscience de la réalité de ce métier, ça n'est pas juste mettre une robe et aller plaider devant une assistance subjuguée... Je me suis contentée d'être juriste, non pas par manque d'ambition mais par choix. J'ai eu la chance de trouver du travail rapidement à la sortie de mes études, et les choses se sont enchainées...

23 commentaires:

  1. Je suis bien contente de lire un post sur le droit, pas que je ne respire et vis que pour le droit, mais étant encore étudiante ça occupe une grande partie de - si ce n'est toute - ma vie ! (D'ailleurs, qu'est ce que je fais à trainer sur les blogs au lieu de réviser moi?).
    Mais pour le coup cet article met un peu de baume au coeur pour tous les étudiants en pleine période de partiels et qui se demandent si au final tous ces sacrifices ne seront pas vain !
    Je n'étais pas du tout prédestinée au droit ( je n'étais prédestinée à rien quand on y pense), j'étais une jeune bachelière un peu paumée et j'ai tenté ma chance en droit, un peu au hasard. Heureux hasard puisque j'ai depuis vraiment développé une vocation. Je me suis intéressée à toutes les matières, en licence je n'ai jamais vraiment réussi à me spécialiser... Je ne pouvais pas trancher entre le public et le privé, j'avais des affinités avec les deux. J'ai quand même dû m'orienter à la suite de ma licence, j'ai donc fait un M1 en droit des contrats (je n'étais pas du tout pénaliste dans l'âme...). Les contrats ça m'allaient bien, ça me parlait, surtout que maintenant on les retrouve partout, tout le temps, sous toutes leurs formes. Et puis au moment de postuler pour les M2, j'avais toujours cette idée dans un coin de ma tête qui me disait que je regretterais peut être un jour d'avoir laisser de côté le droit public... Aujourd'hui je me suis réorientée en M1 droit public... Quand on me demande si j'ai des regrets, je répond que non, tout simplement parce que j'aime ce que je fais, du coup avoir '"perdu" une année me semble une moindre peine...
    Enfin merci de mettre à terre ce cliché selon lequel tu es en droit > tu veux devenir avocat.
    ET BIEN NON, moi non plus je n'ai aucune envie de passer le barreau, et je pense qu'on devrait envoyer tous les étudiants obligatoirement en stage afin qu'ils se rendent compte de la réalité de ce métier et de toutes les facettes qu'il recouvre !
    Juriste est un très beau métier, j'espère qu'une fois mes diplômes en poche je trouverai une place (histoire de clouer le bec à ces profs condescendants en L1 qui nous ont dit le jour de la prérentrée que la plupart d'entre nous serait manager ou caissier au carrefour du coin !)

    Merci de nous faire partager tes expériences, toujours un plaisir de te lire !

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    1. Merci pour ce petit commentaire, j'en apprends un peu plus sur toi ! A mon avis, il est essentiel de ne pas trop écouté tout ce qui se dit en fac de droit. Il faut suivre sa voie, tracer son petit chemin... "Fais tes projets en silence, la réussite se chargera du bruit", j'ai lu cette phrase je ne sais plus où, mais c'est tellement vrai.
      On m'a souvent demandé si j'avais regretté ne pas avoir tenté le CRFPA... et je n'ai pas la réponse à cette question. Les choses auraient peut être été plus faciles, ou pas... Avocat n'est pas le seul débouché pour les étudiants en droit.

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  2. Merci à toi, j'avais beaucoup de témoignages de personnes encore étudiantes en droit mais tellement peu de diplômés qui ont réussi à faire leur chemin! Ça fait du bien un peu d'optimisme quand tu n'as aucune certitude sur ton avenir !
    Ça m'intéresserait de savoir du point de vue de ton expérience comment s'est passée ton insertion dans le milieu professionnel !
    Pour ce qui est du CRFPA, à mon sens ce n'est pas forcément une finalité quand tu fais des études de droit, et ce n'est pas le gage non plus d'avoir une "situation". Du moment ou ton métier te plait, que tu aimes ce que tu fais, je pense que tu as déjà tout gagné ! :)

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    1. J'ai eu pas mal de réactions suite à ce billet... Je prépare une suite, voire peut être plusieurs épisodes... entre 2 billets mode 1 beauté ;-)

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  3. Ravie de découvrir ton blog chère copine de Twitter!

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  4. Ahaha, oh mon dieu, le "regardez votre voisin de gauche, regardez votre voisin de droite, un seul sur les trois passera en deuxième année", on nous a aussi fait le coup ! Et vraiment dit de cette manière en plus. C'est clair que c'est carrément blasant d'entendre ça.
    En tout cas, vraiment très cool de voir un billet sur le droit !

    Donc du coup, maintenant, tu bosses en entreprise ? Tu as quoi comme métier ? (non parce que, je ne me vois absolument pas porter la robe : avocat, ça me fait pas vraiment rêver, je trouve que c'est un monde un peu -beaucoup- pourri, c'est pas ce qui me plairait, je pense. Et bosser en entreprise mais en touchant au droit, ça, ça me botterait pas mal)

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    1. Les profs n'ont aucune imagination...
      La suite de mes aventures de juriste viendra... patience...

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  5. Bravo pour cet article qui résume bien ces cinq années si difficiles mais - finalement - qui me manquent un peu (nostalgie quand tu nous tiens ...)

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  6. De mon côté, j'ai toujours voulu faire du droit et j'ai su très vite lors de ma première année, que je ne souhaitais pas être avocate mais que ma carrière se ferait en entreprise.

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    1. Comme quoi, on est assez nombreux dans ce cas là !

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  7. Est-ce que tu pèse ? Le salaire est-il correct ?

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    1. Ah l'éternelle question de l'argent.... Je dirais qu'on a le salaire qu'on mérite, il faut faire ses preuves !

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  8. Allez, un petit son dissonnant !
    Pour ma part, durant mes 4 premières années et demi de droit, je ne me voyais absolument pas avocat, j'avais vraiment, mais alors vraiment pas la vocation, entre l'impression d'un milieu assez pourri (par l'argent notamment), le fait de bosser tout le temps, et également une timidité innée quasi-maladive de mon côté.
    Et j'ai fait un stage dans un cabinet lors du second semestre de mon master 2, et j'ai adoré !! J'ai passé le CRFPA dans la foulée, et je suis avocat depuis un an et demi, et je ne regrette pas du tout ! Le milieu est loin d'être occupé par des requins (pas uniquement en tout cas), et la timidité on la soigne, on se force, et ça vient tout seul !! (Par contre les horaires, on en reparlera effectivement)
    Je comprends bien vos avis, on peut vivre sans l'avocature. Mais à ceux qui en rêvent, foncez, le jeu en vaut la chandelle !!!

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    1. C'est traité avec un peur (beaucoup) de second degré ici ;-)
      Mais je l'ai fait pour répondre notamment à tous ceux qui me demandent "mais t'as fait du droit, donc t'es avocate ?"... Et ce n'est pas un plaidoyer anti-avocats !
      L'essentiel est chacun trouve sa voie et puisse s'épanouir !

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  9. Grâce à cet article, je découvre la différence entre juriste et avocat ! C'est un beau métier en tout cas. Et je suis admirative car ça doit être un sacré boulot d'apprendre tous les codes de lois etc....
    Djahann

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    1. Je te rassure, on n'apprend pas les codes par cœur, l'essentiel c'est de savoir s'en servir ;-)

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    2. Oui mais quand même, j'imagine qu'il faut en connaitre les grandes lignes et le numéro (lol) pour pouvoir les retrouver dans les Codes et bien s'en servir ! Bref, je suis admirative !

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  10. C'est simple, quand tu arrives en master, les chargés de TD te considèrent. Je pense que ça se résume simplement à ça.

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  11. Au moins toi, tu n'as pas changé radicalement d'orientation, moi après la L2 Droit j'ai abandonné pour refaire une licence art plastique. Le plus important c'est qu'on aime notre job. Je ne me vois pas me lever le matin aller faire quelque chose qui ne me rend pas heureux. Et en parlant des chargés de td, le notre il était du genre je m'en fous si vous ne faite pas le travail que je vous ai demandé de faire.

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    1. Oui, l'essentiel est de pouvoir s'épanouir peu importe la voie que l'on choisit !

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