vendredi 11 avril 2014

Vis ma vie de juriste : Ma vie, Mon œuvre, Mon parcours...

Il y a quelques temps, sur le blog de Juriste-in-the-city, on a vu un petit billet où une juriste confirmée nous détaillait un peu son parcours, notamment dans le but de répondre aux nombreux mails de jeunes diplômés en plein doute qu'elle recevait... Je dois reconnaître que, moi aussi, j'ai reçu pas mal de mails d'étudiants ou de jeunes diplômés me demandant ce que je pouvais bien faire de ma vie ! Et, bien je travaille simplement dans un cabinet d'avocats spécialisé en droit des affaires. 

J'avais déjà expliqué ici comment j'avais atterri sur les bancs d'une fac de droit, on est donc dans la suite logique. Pour reprendre les choses depuis le début, je suis diplômée d'un Master 2 droit des affaires spécialité droit et gestion du patrimoine. A la base, je me destinais au métier d'ingénieur patrimonial, mais j'en suis loin aujourd'hui... enfin quoique... la gestion de patrimoine n'est pas totalement absente de ma vie d'aujourd'hui. Par choix, je ne suis pas avocate, et ça je vous l'avais déjà expliqué ici. Je suis donc une simple juriste. Mon parcours se résume ainsi : "pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué"... Je n'ai pas choisi la voie la plus simple, je me suis pas mal compliqué la vie... J'ai fait des choix, parfois bons, parfois mauvais. Voyons ça en détail...

Dans le cadre de mon Master, j'ai été amenée à faire un stage de fin d'études d'une durée de trois mois... Ce stage a été essentiel dans mon parcours. J'ai choisi de le faire dans un Cabinet de conseil en gestion de patrimoine indépendant (si vous souhaitez avoir plus de renseignements sur ce métier, je vous renvoie ici). Je dois avouer que j'ai ramé pour obtenir ce stage, mais je savais ce que je voulais, j'ai refusé des offres qui ne m'intéressaient pas et j'ai persévéré jusqu'à décrocher le gros lot ! A l'issue de ce stage, j'ai été embauchée... voilà pourquoi je dis que mon stage a été capital. A 23 ans, j'ai fait mon entrée sur le marché du travail. Bon, ça n'était qu'un CDD. Il faut dire que j'ai eu la "chance" d'entrer sur le marché du travail en pleine crise financière (coucou les subprimes), alors chercher du boulot dans un secteur directement lié à la finance... ahem... c'est loin d'être l'idéal ! Je suis restée neuf mois dans ce cabinet, et à l'issue de ces neuf mois, on m'a fait comprendre qu'il n'y aurait aucune création de poste.

Voilà comment je me suis retrouvée au chômage une première fois... Je n'étais pas vraiment préparée à ça... mais qui l'est ! Mais au-delà de ça, le contexte économique m'a poussée à revoir mes choix de carrière. Dans mon domaine, on embauchait essentiellement des commerciaux, chargés de faire du chiffre... et si possible de sexe masculin... Les places d'ingénieurs patrimoniaux étaient déjà rares, mais alors dans ce contexte c'était comme chercher de l'eau en plein désert... Je n'étais clairement pas faite pour un poste de commercial... Inutile de se faire violence tous les matins pour aller contre sa propre nature ! Et puis, rentrer en banque pour vendre de la carte bleue en espérant pourvoir plus tard avoir un poste intéressant ne me bottait pas tellement. Je me suis alors posée, et j'ai réfléchi... Je me suis alors dit que la meilleure chose à faire était sans doute de retourner au droit pur.

Je me suis inscrite au Pôle Emploi, j'ai envoyé des CV par milliers, j'ai écumé les boites d'intérim (sérieusement, certains n'y pensent pas, mais c'est une piste à ne pas négliger), et j'ai fini par décrocher une mission de quinze jours dans un gros cabinet d'avocats (= comprenez "Big Four"). J'y suis entrée pour quinze jours et j'y suis restée dix mois.  A la base, engagée comme simple assistante, j'ai réussi à gagner la confiance de l'avocat qui m'a délégué de plus en plus de choses, et j'ai fini par faire un boulot de juriste. Quand j'ai pris ce poste, j'étais loin de me douter que j'allais autant apprendre. J'y étais surtout entrée pour nouer des contacts en vue d'une "réorientation". Cette expérience a été un vrai plus, et le nom de ce cabinet d'avocats sur mon CV a été un sésame.

Et surtout, ce poste m'a permis de décrocher le suivant : un poste de juriste en entreprise. J'étais persuadée que ce genre de poste était pour moi... C'est vrai, quand on ne veut pas être avocat, on choisi souvent d'être juriste en entreprise... Et bien, même si ça reste une excellente expérience, ça n'est pas ce que j'ai préféré. Je me suis retrouvée seule juriste de la boite alors que j'avais à peine 25 ans... Et clairement, travailler avec des gens qui ne parlent pas le même langage que toi, endosser le costume de "l'empêcheuse de tourner en rond" ça n'est pas facile tous les jours... Et à cela s'ajoute la guerre permanente avec le service commercial qui ne comprend pas pourquoi tu ne cesses de lui dire que sa campagne de pub n'est pas dans les clous... En revanche, ce qui m'a vraiment plu c'est la diversité, mon champ d'intervention était on ne peut plus large : tout le juridique excepté le fiscal et le social !

Ensuite, grâce à mon petit réseau, je me suis retrouvée en banque au service contentieux. Contrairement à l'image que je pouvais en avoir, c'est loin d'être un métier chiant et foutre les gens à découvert encore plus dans la merde n'est pas le but de ce métier. Bon, j'ai eu la chance de me retrouver dans une banque à taille humaine (qui n'existe plus) et de toucher beaucoup au contentieux des entreprises qui est le plus intéressant. Le contentieux bancaire m'a vraiment passionné. Je remplaçais une nana en congé mater, et à son retour, je suis partie. Il n'y avait pas de poste à pourvoir, la banque venait de fusionner avec "la Banque d'un monde qui change", et tous les services étaient en pleine restructuration... problème de timing !

Après, les choses se sont gâtées... Je suis entrée dans une entreprise (et je ne donnerai pas plus de détails sur ladite entreprise, et si certains voient de quoi il s'agit merci de garder le silence) un peu particulière. Là, j'ai pratiqué le droit des sociétés, et j'ai énormément appris. Si le travail en lui-même ne me posait pas de problème, en revanche, j'ai pu constater à quel point le monde du travail pouvait être impitoyable, et à quel point les gens pouvaient faire preuve de bassesse. Je me suis pris une sacrée claque. J'ai encaissé les coups en attendant que la roue tourne. J'ai eu la chance de pouvoir quitter cette entreprise sans y laisser trop de plumes, et j'ai démissionné pour la première fois de ma vie (et oui, j'étais en CDI... autant dire que ça n'est pas facile de tout remettre en cause...).

Ça reste une expérience difficile, mais paradoxalement c'est ce qui m'a permis de trouver le poste que j'occupe aujourd'hui. Et aujourd'hui, je travaille au pays des robes noires. Je suis retournée en cabinet d'avocats, un des lieux où, bizarrement, celle qui a renoncé à la robe noire se sent le mieux. Le cabinet où je travaille est spécialisé en droit des affaires et notamment en droit des sociétés.

Quand je fais le point sur mon parcours, je me dit que j'ai eu globalement de la chance. J'ai toujours travaillé dans ma branche. J'ai multiplié les expériences, enchainant les CDD en remplacement notamment de congés maternité. Et ces expériences multiples m'ont permis de savoir ce que je voulais et surtout ce que je ne voulais pas. Alors même s'il est stressant de se retrouver dans une situation précaire, au final, pour moi, ça a été une bonne chose.

Si je devais donner quelques conseils aux plus jeunes (= les conseils de l'ancêtre ^^) :
  • Une vie professionnelle n'est pas toujours un long fleuve tranquille. On traverse parfois des moments difficiles, mais serrez les dents en attendant que ça passe... La roue finit toujours par tourner ! 
  • Restez toujours humbles ! On a toujours des choses à apprendre et on ne sait jamais tout. A vos débuts, n'oubliez jamais qu'à la sortie de la fac vous ne savez pas faire grand chose... Vous avez certes des connaissances mais aucune compétence... Alors fermez votre clapet et bossez, vous ne ferez vos preuves que grâce à votre travail !
  • Ne vous arrêtez jamais à un intitulé de poste... certains intitulés ne veulent pas dire grande chose... le terme "assistant juridique" veut tout et rien dire... et ça va parfois de la secrétaire au juriste junior ! Ce n'est pas le titre qui compte mais le travail que vous faites !
  • Ne rechignez pas à prendre un poste de petit assistant à vos débuts... Un poste d'assistant dans un grand cabinet vous ouvrira des portes... Et oui, c'est aussi par le réseau que l'on trouve du boulot, et quoi de mieux qu'un grand cabinet pour nouer des contacts ?
  • Ne jamais hésiter à se remettre en cause. Un changement de parcours est toujours possible. Les choses que vous avez apprises à la fac vous ont donné de solides bases qui vous permettront d'appréhender de nouveaux domaines. 

Voilà, j'espère que ces quelques lignes (= ce pavé "3615 Ta Life") auront été utiles à certains et à certaines. Quoiqu'il en soit, je n'ai jamais regretté d'être entrée en fac de droit. En cinq ans (presque six), en faisant souvent parfois des choix foireux, je n'ai connu que trois ou quatre mois de chômage cumulés... 

12 commentaires:

  1. Merci d'avoir partagé ton expérience, c'est super enrichissant et au moins ça nous permet d'être davantage au courant de ce qui se passe sur le marché du travail après la fac de droit puisque celle-ci n'en parle que très très peu. Merci :)

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    1. Contente si ce genre de blabla sert à quelque chose

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  2. Super article, très intéressant !
    Les parcours des juristes (au sens large) ne sont effectivement pas "tranquilles" mais l'important c'est de trouver sa voie ;)

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  3. Je découvre ton blog ! J'ai tiqué au code civil sur ton avatar et au mot juriste !
    Je m'apprête à passer le CRFPA en septembre alors c'est cool de lire des "collègues" :D

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  4. Je découvre tout juste ton blog. J'ai tiqué au code civil sur ton avatar et au mot juriste.
    Je m'apprête à passer le CRFPA (à Brest, on est presque voisines en plus :p) et c'est chouette de pouvoir lire des "collègues" :D

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  5. je déconseille fortement à tout le monde de faire des études de droit.
    il y aurait, selon une liste que j'ai vu sur un site internet... 900 Master 2 en droit (incluant Mastère, M2 d'Université ou d'Ecole de commerce) ... vous vous rendez compte du nombre d'étudiant que ça fait sur le marché du travail...

    surtout que j'avais lu qu'on recherchait en moyenne 600 juristes par an...

    je tombe sur ce témoignage après en avoir passé ma journée à lire des annonces de "juriste junior" où tu vois que le junior doit avoir deux ans d'expérience exactement dans le même type d'entreprise (c'est à dire une SSI) et que ça serait bien si il avait un double diplome droit/commerce et une expérience à l'étranger.. bref c'est encore pas pour moi.

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    1. Je pense que dans toutes les filières, peu importe la discipline, il y a énormément d'étudiants et peu de places sur le marché du travail. Le problème ne vient pas du choix de la filière, mais du nombre conséquent d'étudiants puisque désormais tout le monde fait des études supérieures, le niveau a d'ailleurs baissé.
      Ensuite, les employeurs demandent sans cesse de plus en plus de qualifications et ça ne concerne pas uniquement le domaine juridique. Ça vient en partie du fait que désormais avoir un bac+5 n'a rien d'extraordinaire (cf. point précédent...).
      Dans tous les cas, faire des études de droit m'a ouvert des portes, et m'a permis de toujours trouver du travail. Je vois bien la différence par rapport à des gens de mon entourage qui ont choisi des études moins porteuses.

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  6. Bonjour à tous. Je suis également juriste d'entreprise. Cela fait la 5é fois que je me retrouve au chômage suite à licenciement économique et fin de Cdd et j'en ai plus qu'assez. Pourtant j'ai choisi la voie droit social. Je passe des entretiens avec des gens qui m'apparaissent de plus en plus cinglés. Un petit détail, j'ai 44 ans et la quasi totalité de mes amis qui ont fait du droit sont dans la même situation que moi.

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    1. Je pense malheureusement que ce que tu vis n'est pas propre aux métiers du droit. Le contexte actuel est extrêmement difficile. Je pense malgré tout que ma formation m'a permis de m'en sortit beaucoup plus facilement que d'autres personnes de mon entourage. J'ai la chance de travailler dans un domaine qui a quelque chose à voir avec mes études, ce qui n'est pas le cas de tout le monde. J'espère néanmoins que ta situation va vite s'arranger !

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  7. Bonjour !

    Je me permets de faire un peu de publicité pour ma crèmerie : l'Etat.
    L'Etat (que ce soit la fonction publique d'Etat, la fonction publique territoriale ou la fonction publique hospitalière) recrute énormément de juristes, qu'ils aient un profil privatiste ou publiciste. Quand on a travaillé sur des sujets particuliers, les grands ministères qui en ont la charge sont très friands (ministère du travail pour les juristes sociaux, Bercy pour le droit des affaires...). Ces postes là sont du coup orientés "politique publique" : le juriste travaille au sein d'une équipe à la gestion de projet et l'évolution de la réglementation.
    Ensuite, il y a les postes plus classiques en services contentieux : spécialisés ou généraux, le juriste y travaille sur les contentieux qui touchent son employeur (un ministère, une région, un hôpital...). Il prépare tout pour l'avocat qui n'a qu'à plaider. Par ailleurs, il peut se rendre lui même pour plaider au tribunal administratif où il n'y a pas besoin d'être avocat.

    Les trois fonctions publiques recrutent beaucoup de juristes :
    - soit contractuels, avec une possibilité d'être en CDI à partir de la 6e année seulement (c'est le statut de la fonction publique qui l'impose à ce jour, mais avant 2012, le CDI n'existait même pas, on pouvait rester en CDD vingt ans pour la fonction publique)
    - soit les concours d'une des trois fonctions publiques. Ils sont nombreux mais peuvent vous amener à des premiers postes qui ne sont pas nécessairement juridiques.

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    1. Je n'en ai pas du tout parlé car c'est un domaine que je connais très mal. Tu as doc bien fait de venir compléter mes propos ;-)

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