mardi 17 novembre 2015

Ça aurait dû être une belle journée...

C’était un vendredi comme tant d’autres, c’était la fin de semaine et on attendait avec impatience le week-end, comme tous les vendredis. 

C’était un vendredi 13 comme tant d'autres, et comme tous les vendredis 13, on a rempli des grilles d’Euromillions avec quelques collègues et on a espéré gagner, on a commencé à imaginer les différentes façons de dépenser cet hypothétique magot et on a ri. On a ri aussi de ce journaliste qui nous avait contactés la veille pour faire un reportage sur ces français qui emmènent leur "lunch box" au bureau pour déjeuner en se disant que ça valait les JT de Jean-Pierre Pernault… Et pourtant, si j’avais su à ce moment que j’aurais tant aimé voir ce week-end des reportages sur la fabrication des sabots à Trifouillis-les-Oies plutôt que toutes ces scènes d’horreurs….

C’était un vendredi soir comme tant d’autres, un vendredi soir où j’avais décidé de ne pas faire grand chose. Un peu de sport, un diner en rattrapant les vidéos en retard sur YouTube, tout ça loin de la télé puisqu’on se plaint toujours qu’il n’y a rien à la télé. J'aurais finalement préféré que les débilités prévues restent au programme...

J’ai fait un tour sur les réseaux sociaux ce soir-là comme presque tous les soirs… et c’est à ce moment que ce vendredi soir si ordinaire a basculé dans l’horreur. J’ai lu des tweets de personnes qui se plaignaient que le match France-Allemagne n’ait pas été interrompu, j’ai commencé à entendre parler de fusillades. Comme en janvier, j’ai eu l’impression de ne pas tout comprendre et j’ai eu l’impression qu’il se passait quelque chose de grave. J’ai allumé la télé et j’ai pris conscience de l’ampleur de la catastrophe. Je suis restée devant ma télé, incapable de décrocher, incapable d’aller me coucher de peur que les choses soient pires à mon réveil.


Et puis, j’ai fini par aller me coucher. L’assaut avait été donné et on savait déjà que le nombre de victimes au Bataclan serait considérable. Comme beaucoup, j’ai dormi d’un sommeil agité, et je me suis réveillée avec cette impression de gueule de bois, espérant que tout ça n'était qu'un mauvais cauchemar… encore que beaucoup se sont couchés sans savoir, et que, si je m’étais tenue éloignée de mon portable, j’aurais fait partie de ces gens. 

J'ai essayé d'avoir des nouvelles de proches, car on dit que les Bretons sont de grands voyageurs mais beaucoup d'entre eux vivent à peine deux heures en TGV. Et en y réfléchissant on a presque tous des amis, de la famille vivant dans cette "capitale des abominations et de la perversion", comme ils l'ont appelée (je pense qu'on n'a pas vraiment la même définition de l'abomination et de la perversion que ces gens-là). J'ai eu la chance de recevoir des nouvelles rassurantes, mais je n'ai pas pu m'empêcher de penser à ceux qui n'ont pas eu cette chance. Et je ne peux pas m'empêcher de penser à ces familles qui connaitront un Noël endeuillé à cause d'une bande de... une bande de quoi d'ailleurs ? J'ai bien une idée, mais ça ne serait pas très poli de l'écrire. Certains parlent d'une bande de chiens, mais je trouve ça tellement insultant pour les chiens (et les animaux en général) qui sont capables de bien plus d’humanité que ces gens qui n'ont d'êtres humains que le nom.

Après des semaines sans publier, je sais bien que ça parait un peu bizarre de venir publier ici. Ça n’est pas forcément facile d’écrire ce qu’on ressent dans un moment pareil, mais ça fait du bien, même si on a parfois peur d’être un peu maladroit dans la démarche, j'ai même hésité à publier. Je me suis peu relue parce que rien qu'en écrivant les larmes montent, alors tu excuseras les quelques coquilles qui peuvent trainer.

Quelques jours sont passés, on a repris le chemin du bureau, on a retrouvé nos repères et pourtant je reste dans un état étrange. Pourtant, dans ma petite ville de Province, j’entends beaucoup dire qu’on ne craint rien. Certes, nous sommes certainement moins exposés, mais sommes-nous pour autant à l’abri ? Nous avons beau refuser de céder à la peur, je pense que nous n’en restons pas moins inquiets. Inquiétude face à ces évènements dont nous redoutons qu’ils se reproduisent, mais inquiétude aussi face à ceux qui risquent de se tourner vers les extrêmes à la suite de ces attentats, face à ceux qui ne comprennent pas que l’obscurité ne peut être chassée par l’obscurité.

Si ce vendredi 13 a été témoin des pires atrocités que l’être humain est capable de commettre, il a aussi été témoin de ce que l’être humain a de meilleur. Je parle de ces gens qui ont ouvert leur porte pour offrir un refuge à des inconnus, de ces gens qui ont risqué leur vie pour en sauver d’autres, de ces gens qui se sont précipités pour donner leur sang. J’ai eu la chance de grandir dans un milieu où tolérance et respect sont les maîtres-mots. J’ai appris à ne pas craindre celui qui était différent, mais à le voir comme un ami. Nous ne devons pas cesser de poser regard bienveillant sur autrui sous prétexte que quelques individus ont décidé de semer la terreur. Et on continuera à sortir, à rire, à boire des coups en terrasse, à s'aimer... bref, on continuera à vivre.

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4 commentaires:

  1. Très bel article, j'ai les mêmes inquiétudes que toi... Puisse cette tragédie nous rassembler et ne pas nous diviser...

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    1. Merci pour ton commentaire. Je n'étais pas très sûre de moi en publiant cet article, mais je vois que mon message est bien passé.

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  2. Ton article est parfait ! Je trouve que tu as très bien su mettre les mots sur ce qu'on doit être nombreux et nombreuses à ressentir : le vendredi ordinaire qui bascule tout à coup dans l'horreur, l'incompréhension, la colère, la peur ... Et je ne trouve pas ta démarche maladroite du tout, tu as très bien fait de publier ! Après tout, écrire est un exutoire, et ça me paraît logique que tu écrives quand tu en ressens le besoin (et pas par obligation). D'où le fait que ça n'est pas forcément régulier :)

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    1. Merci pour ton petit mot. Comme toujours tu comprends ce que je veux dire ;-)

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